Concept du logisme

Sommes-nous logiques? Agissons-nous globalement de façon rationnelle?

Dans cette ce post je vais vous parler de rationalisation, de logique et de démarche scientifique. Nous verrons en quoi ces démarches sont importantes et je profiterai de cette occasion pour introduire le concept du logisme.

Pour commencer, qu’est-ce que la rationalisation ?

La rationalisation est l’action de rendre plus rationnel, plus conforme à la raison. La rationalisation, au sens large, cherche à organiser les choses d’une manière plus efficace en supprimant ce qui est inutile et en se fondant sur la logique et sur la science (Tourev 2018).

J’ai la forte conviction que la rationalisation a un grand potentiel et qu’il est important voire primordial de la mettre en avant dans nos pensées, nos choix et nos démarches.

Avant d’aller plus loin, il me semble important de présenter le fonctionnement de notre système de pensée, de croyance, de valeur et d’action. De par les limites de nos connaissances et de la complexité de cette fonction du cerveau, il s’agit ici d’une présentation vulgarisée.

Qu’est-ce qu’une pensée ?

Une pensée est l’ensemble des fonctions psychiques et psychophysiologiques ayant pour objet la connaissance, la formation des idées et des jugements, ainsi que l’ensemble des phénomènes par lesquels se manifestent ces fonctions (Juillet, 2000).

Plus simplement, une pensée est une représentation mentale.

Par exemple : je pense à « une grenouille »

Qu’est-ce qu’une croyance ?

Une croyance est une pensée ou une proposition que l’on estime vrai, d’une certaine façon que l’on accepte.

Par exemple : j’ai la croyance que « toutes les grenouilles sont vertes »

Qu’est-ce qu’une valeur ?

Une valeur est un concept résultant d’un ensemble de croyances définissant notre façon d’être et d’agir.

Par exemple : J’ai la croyance qu’il est important de dire la vérité, j’ai la croyance qu’il faut être honnête avec ses amis, j’ai la croyance qu’il est important d’être transparent avec les gens qui m’entourent. J’ai donc la valeur de « l’honnêteté ».

Comment apparaissent nos pensées ?

Les stimuli internes et externes permanents génèrent des pensées influencées par notre système de croyance. Plus certaines pensées sont dominantes et présentes et plus elles construisent nos croyances.

De ce fait, chacune de nos expériences crée des pensées et joue un rôle pour affirmer ou infirmer nos croyances déjà présentes.

Enfin l’ensemble de nos croyances jouent un rôle essentiel dans l’aide à la décision de nos actes.

Fonctionnement système de pensée

Pour résumer, nos pensées sont influencées par nos croyances et participent également à la création de nouvelles croyances ainsi qu’à la modification de celles déjà existantes. Enfin nos pensées déterminent nos actes et nos comportements.

De ce fait, nos croyances non rationnelles génèrent des pensées irrationnelles, elles-mêmes créant de nouvelles croyances irrationnelles et rendant notre comportement irrationnel.

Fonctionnement système de pensée irrationnelles

 

Par exemple: J’ai un ensemble de croyances fortes, aucunement rationnelles, exprimant le fait que l’avion est très dangereux, entraînant chez moi une peur disproportionnée de l’avion. Je génère de nouvelles pensées basées sur ces croyances, elles aussi irrationnelles, telles que : « j’ai vu aux informations qu’il y a encore eu un crash d’avion », « il y a très rarement de rescapé lors d’un crash d’avion », etc. Ces nouvelles pensées renforcent mes croyances que l’avion est très dangereux et m’amènent à éviter l’avion et préférer d’autres moyens de transport me paraissant plus sûrs, influençant ainsi fortement mon comportement de façon irrationnel.

En somme, plus nous avons des croyances irrationnelles, plus nos pensées sont irrationnelles et plus nous renforçons nos croyances et nos comportements irrationnel.le.s.

À l’inverse, plus nous avons des croyances rationnelles, plus nos pensées sont rationnelles et plus nous renforçons nos croyances et nos comportements rationnel.le.s.

Sachant tout cela on peut penser qu’il n’est pas possible d’agir sur ce processus permanent. Eh bien si, notre cortex pré-frontal, la zone cérébrale la plus active dans le mécanisme des pensées, nous offre la possibilité de contrôler et manipuler nos pensées à des degrés d’abstraction plus avancés (Loumé, 2018). Cette capacité nous permet de pouvoir décider, en quelque sorte, des pensées que l’on valide ou que l’on rejette et ainsi influencer la création de nos croyances et notre façon d’agir.

On peut se demander maintenant en quoi avoir des croyances irrationnelles est un problème ?

Pour répondre à cette question, j’aimerais attirer votre attention sur les notions de bien-être et de bonheur.

Pour des raisons de vulgarisation, bien que le bien-être et le bonheur ne soient pas considérés comme étant exactement les mêmes notions dans le domaine scientifique de la philosophie, nous les considérerons telles quelles dans cette démonstration.

Tous les êtres ayant la capacité de faire l’expérience du bien-être le cherchent de façon naturelle comme ultime objectif. Cette proposition est très responsable et très importante. Elle dit que dès l’instant ou nous avons la capacité d’éprouver le bonheur, nous cherchons naturellement à en faire l’expérience de façon permanente, cela inconsciemment ou consciemment.

Cette proposition fait unanimement consensus aujourd’hui dans le domaine scientifique.

Si cette proposition est vraie, une question plus complexe serait de savoir en quoi réside le bien-être ?

De très nombreuses études actuelles cherchent à répondre à cette question existentielle. On peut notamment citer les recherches avancées du psychologue Edward F. Diener et de la psychologue Carol Ryff D. sur ce sujet (Ed Diener, Eunkook M. Suh, Richard E. Lucas, and Heidi L. Smith, 1999; Ryff, C. D., Keyes, C. L. M., 1995 ; Ryff C. D.,1989).

Cet engouement scientifique sur cette question peut s’expliquer notamment par les enjeux économiques et politiques qu’elle suscite (Ahmed, 2010 ; Nettle, 2005).

Pour résumer, les individus capables de faire l’expérience du bien-être, entre autres nous, les êtres humains, sont dans une recherche permanente de celui-ci.

Il n’existe pas encore de consensus clair sur la recette du bien-être. Cependant on peut apporter des bases solides de réponses.

Vous avez peut-être déjà entendu parler de la « pyramide de Maslow » aussi connue sous le nom de « pyramide des besoins ». Il s’agit d’une hiérarchie des besoins de l’espèce humaine, élaborée par le psychologue Abraham Maslow dans les années 1950.

Qu’est-ce qu’un besoin ?

Un besoin est ce qui s’apparente le plus à une nécessité d’ordre vital, fonctionnel, pragmatique et appartient au domaine du physiologique et du psychologique.

Dans son travail, Abraham Maslow a établi une hiérarchie en forme de pyramide des besoins physiologiques et psychologiques nécessaires au bien-être humain. Il a établi une échelle situant de façon hiérarchique cinq niveaux où le passage d’un niveau inférieur à un niveau supérieur dépend de la satisfaction des besoins le concernant.

Pyramide de Maslow

Cette théorie explique de façon claire et relativement complète les besoins humains. Elle a tout de même reçu des critiques quant à ses limites. Je vous invite à cette occasion à aller jeter un coup d’œil au « blog des Rapports Humains » de Christophe Peiffer sur les besoins humains (Peiffer 2012):

En effet, d’après ce modèle, le passage d’un niveau inférieur à un niveau supérieur ne peut se réaliser qu’à condition que les besoins du premier soient satisfaits. Or, par exemple, il est tout à fait possible qu’une personne trouve un sens à sa vie avec la présence d’un handicap physique ou mental ou malgré une situation socio-économique difficile.

[…]

Il n’est pas rare de voir des personnes en situation de précarité apporter leur aide à d’autres dont la situation est aussi difficile voire plus. Ce sentiment d’être utile à quelque chose, être reconnues pour leurs actions de bienfaisance satisfait leurs besoins d’estime, malgré des besoins de sécurité non comblés ou partiellement.

Il serait donc plus judicieux d’envisager ces besoins comme interconnectés les uns aux autres avec une dynamique plutôt circulaire, plutôt que sur un modèle hiérarchique et prioritaire. Ce qui ressemblerait à ce type de schéma :

Besoins humains interconnectés

Les besoins de Maslow ont le mérite d’exister et d’expliquer de façon claire les besoins humains. Ceci étant, le modèle ne tient pas compte d’autres facteurs qui, à mes yeux, sont déterminants pour la satisfaction des besoins humains dont le premier est l’environnement dans lequel évolue un individu.

Bien que cette théorie ait reçu quelques critiques, il semble faire consensus que dans notre objectif ultime de faire l’expérience du bonheur nous ayons des besoins fondamentaux indispensables à assouvir.

Maintenant j’aimerais attirer votre attention sur la notion de liberté.

La liberté est la possibilité de pouvoir agir selon sa propre volonté. C’est l’état d’un individu ou d’un peuple qui ne subit pas de contraintes, de soumissions, de servitudes exercées par un autre individu, par un pouvoir tyrannique ou par une puissance étrangère (Tourev, 2018).

De nombreuses études récentes s’accordent à dire que la liberté représente un besoin capital dans l’accès au bien-être de tous les individus capables d’en faire l’expérience (Schmidt et Andreas, 2015 ; Hadley, 2013). Pour cette raison, la notion de liberté est essentielle et ne doit pas être négligée dans la recherche de bien-être de tous les individus pouvant en faire l’expérience.

De plus, cette quête du bonheur et la plupart des besoins qu’elle implique, notamment la liberté, nécessaires aux individus de notre espèce, le sont aussi pour tous les autres individus de l’infra-ordre des singes, les autres individus de l’ordre des primates, les autres individus de la classe des mammifères, les autres vertébrés ainsi qu’à une bonne partie du reste du règne animal (Ian, 2006 ; Chandroo K.P., Duncan I.J.H. et Moccia R.D. 2004).

Classification scientifique des espèces de l’Homo Sapiens

 

Maintenant que l’on a démontré l’importance de nos besoins physiologiques et psychologiques pour nous-mêmes dans notre quête de bien-être, une autre question me paraît capitale :

Est-il rationnel d’être solidaire envers les autres et du coup de faire attention au bien-être et aux besoins des autres ?

Pour répondre à cette question un peu d’histoire s’impose.

Face aux dangers, les organismes vivants ont tendance à former des groupes. En effet la sélection naturelle de Darwin a mis en évidence que des individus, faces à un danger, ont plus de chance de survivre ensemble que seuls chacun de leur côté. Typiquement nos ancêtres Néandertaliens avaient plus de chance de survivre en allant chasser un mammouth à 10 que seul. De la même façon, lorsqu’un individu du groupe mourrait, les chances personnelles de survie de chaque individu du groupe diminuaient.

Face à un risque d’instabilité d’un ou de plusieurs de nos besoins, il semble rationnel d’être solidaire des individus avec lesquels nous avons un intérêt personnel quant à ce ou ces besoins, à commencer par les besoins liés à la survie.

Même si les besoins liés à la survie sont un peu moins menacés aujourd’hui pour les être humains, il semble toujours rationnel d’être solidaire des individus avec lesquels on croit avoir un intérêt personnel quant à un ou plusieurs besoins nécessaires à notre bien-être. On peut citer notamment la ou les personnes avec lesquelles on vit, les ami.e.s ou la famille proche en vue d’une stabilité personnelle affective, émotionnelle, administrative ou économique.

Cela étant dit, il me semble finalement que la question qui importe vraiment est:

Est-il rationnel d’être solidaire envers les individus avec lesquels nous n’avons pas d’intérêts personnels connus quant à notre bien-être ?

Un exemple typique serait : Est-il rationnel de porter de l’attention à un inconnu, impliquant de faire attention à son bien-être et ses besoins fondamentaux ?

Eh bien, il n’y a pas de réponse rationnelle universelle à cette question. En effet, plusieurs propositions logiques étant nécessaires pour y répondre ne peuvent s’appuyer sur la science impliquant alors des croyances personnelles non universelles.

Autrement dit, la réponse à cette question appartient à chacun.e et constitue un choix personnel.

C’est à chacun.e de remettre en question ses croyances et de se demander:

Est-ce que je veux me préoccuper du bien-être des autres ?

Pour en revenir à la question posée précédemment, à savoir, en quoi avoir des croyances irrationnelles est un problème ?

Eh bien il s’avère que nos croyances irrationnelles ont une fâcheuse tendance à aller à l’encontre de notre bien-être, du bien-être des autres et de valeurs importantes telles que la liberté. En effet, tout au long de ce blog/de cette chaîne je serai amené à remettre en question des croyances irrationnelles nous poussant à agir à l’inverse de notre bien-être et de celui des autres, je parlerai notamment des discriminations entre les personnes (sexisme, racisme, spécisme, etc.), des impacts de notre consommation, de la publicité et des médias sur le bonheur global.

Au travers de ces différents sujets nous verrons que nous avons tous des croyances irrationnelles et qu’elles peuvent nous pousser à générer beaucoup de souffrance chez nous ou chez les autres, et cela contre notre volonté.

Pour aller plus loin dans la compréhension de ce phénomène psychologique et social, il me paraît judicieux d’introduire la notion de conditionnement.

Un conditionnement n’est rien d’autre qu’une croyance imposée, non remise en question par soi-même. Sans trop d’étonnement, la grande majorité de nos conditionnements apparaissent pendant notre enfance.

Là encore, on peut se demander quel est le problème avec les conditionnements ?

Eh bien il s’avère que les conditionnements ou croyances imposées sont une grande source de croyances irrationnelles.

Quelques exemples de conditionnements étant irrationnels: les femmes ne sont pas très douées en mathématiques, les ondes sont mauvaises pour la santé, il faut boire du lait pour avoir des os solides, il faut faire des cadeaux à Noël, la fumée émanant des cheminées des centrales nucléaires pollue l’environnement, etc.

Pour synthétiser un peu, on a vu que nos conditionnements comprennent des croyances irrationnelles et que celles-ci sont à l’origine de nouvelles croyances irrationnelles et nous poussent à penser et agir de façon irrationnelle. De plus, ces croyances, pensées et actes irrationnel.le.s nous empêchent d’agir librement et nous incitent à faire des choses à l’encontre de notre volonté telles que nuire aux bonheur et bien-être de nous-même et des autres.

J’aimerais proposer une piste de solution en réponse à ce problème me paraissant des plus importants.

Notre système de pensée est contrôlé par notre cortex pré-frontal nous permettant une manipulation avancée de nos pensées. Et c’est à cet instant que le concept du logisme entre en jeu.

Alors, qu’est-ce que le logisme ?

Le logisme est un outil, une méthode invitant à faire l’effort d’examiner nos pensées et ainsi filtrer celles irrationnelles pour garder celles rationnelles. J’appelle par logisme la démarche personnelle d’intégrer de la rationalisation dans sa façon de vivre et de réfléchir.

Avant de terminer, voyons les avantages qu’offre une démarche rationnelle :

  • Résumé schématique des intérêts d’une démarche rationnelle

    Une démarche rationnelle permet une sélection positive des pensées et croyances rationnelles.

  • Elle invite à remettre en questions nos conditionnements nous offrant ainsi une plus grande liberté. En effet, moins nous sommes conditionnés et plus nous sommes libres de penser librement.

     

  • De plus, sortir de nos conditionnements permet d’augmenter nos connaissances de par l’ensemble des démarches de réflexion et de recherches scientifiques que cela implique permettant ainsi une meilleure compréhension du monde qui nous entoure.

  • Ces trois éléments permettent ensemble d’accéder à un plus grand contrôle de qui l’on veut être, de nos pensées, de nos croyances et de nos comportements nous donnant accès à une plus grande liberté.

  • Enfin et pour finir, cette liberté nous donne la possibilité de choisir plus librement notre objectif de vie.

 

Libère-toi de tes conditionnements et change le monde

 

 

Références :

Ahmed Sara (2010, avril). The Promise of Happiness. Duke University Press, Durham and London

Chandroo K.P., Duncan I.J.H. et Moccia R.D. (2004). Can fish suffer?: perspectives on sentience, pain, fear and stress. Department of Animal and Poultry Sciences, University of Guelph

Christophe Peiffer (2012). Les besoins humains. Récupéré sur le site: http://www.leblogdesrapportshumains.fr/wp-content/uploads/2012/08/Les-besoins-humains.pdf

Daniel Nettle (2005, 12 mai). Happiness: The Science Behind Your Smile. OUP Oxford

Ed Diener, Eunkook M. Suh, Richard E. Lucas et Heidi L. Smith (1999). Subjective well-being: Three decades of progress. University of Illinois at Urbana-Champaign

Hadley John (2013). Liberty and valuing sentient life. Ethics and the Environment 18 (1):87-103

Ian J.H. Duncan (2006, Octobre). The changing concept of animal sentience. Department of Animal and Poultry Science, University of Guelph, Guelph, Ont., Canada N1G 2W1

Juillet Pierre (2000). Pensée. Récupéré dans Dictionnaire de psychiatrie. CILF, Paris

Loumé Lise (2018). VIDEO. Des chercheurs parviennent à suivre le cheminement d’une pensée dans le cerveau. Dans Sciences Et Avenir. Récupéré du site: https://www.sciencesetavenir.fr/sante/cerveau-et-psy/des-chercheurs-parviennent-a-suivre-le-cheminement-d-une-pensee-dans-le-cerveau_120085

Ryff C. D. et Keyes, C. L. M. (1995). The structure of psychological well-being revisited. Journal of Personality and Social Psychology, 69(4), 719-727.

Ryff C. D. (1989). Happiness is everything, or is it? Explorations on the meaning of psychological well-being. Journal of Personality and Social Psychology, 57(6), 1069-1081.

Schmidt et Andreas T. (2015). Why Animals have an Interest in Freedom. Historical Social Research 40, 4, 92-109

Tourev Pierre (2018). Liberté. Récupéré sur le site: http://www.toupie.org/Dictionnaire/Liberte.htm

Tourev Pierre (2018). Rationalisation. Récupéré sur le site: http://www.toupie.org/Dictionnaire/Rationalisation.htm

5 thoughts on “Concept du logisme

  1. Bonjour,
    Vous faites l’hypothèse implicite que le rationalisme n’est pas une forme de conditionnement et qu’il peut exister un état d’être au monde exempt de tout conditionnement. Comme on dit, la charge de la preuve incombe à celui qui affirme. Aussi devez-vous prouver le bien fondé de cette hypothèse. Si vous cherchez du côté de Max Weber (un exemple parmi tant d’autres …), vous verrez par contre qu’il y a beaucoup d’arguments allant à l’encontre de cette hypothèse de la rationalisation comme démarche neutre. Celle-ci suppose une certaine éthique, donc des valeurs et en dernière analyse des croyances qui ne peuvent démontrer leur rationalité. L’argument de la rationalité neutre est un argument circulaire qui n’est par conséquent pas logique : c’est un choix, un conditionnement culturel particulier. On ne peut prétendre qu’il serait plus efficace qu’un autre conditionnement pour accéder au bonheur. Pour provoquer un peu la réflexion je pose la question : dans quelle mesure la rationalité n’est-elle pas un biais cognitif parmi d’autres ?

    1. Bonjour et merci pour votre question ouverte, je vais essayer de répondre méthodiquement.
      De mon point de vue « La rationalisation, au sens large, cherche à organiser les choses d’une manière plus efficace en supprimant ce qui est inutile et en se fondant sur la logique et sur la science » (voir texte). La rationalisation se fonde donc sur la logique et sur la science, de cette façon, tout raisonnement exclusivement porté sur la logique et sur la science est purement rationnel (même si les connaissances scientifiques actuelles sont erronées et qu’une découverte prouvera l’inverse un mois plus tard).
      Par exemple, toutes les planètes appartenant au système solaire sont en orbite autours du soleil. La lune est un satellite naturel de la Terre et est donc en orbite autours d’elle et non pas du soleil, on peut déduire que la lune n’est pas une planète. Ce raisonnement et la proposition qu’il implique, sans grand intérêt, sont totalement rationnel.le.s car s’appuyant uniquement sur la logique et sur la science.
      Ainsi, un raisonnement peut être totalement rationnel et s’appuyer sur des propositions scientifiques fausses et donc aboutir à une conclusion fausse.

      Cependant, qu’en est-il des raisonnements impliquant des croyances personnelles ? En effet, certains raisonnements impliquent nécessairement des propositions/croyances personnelles pour aboutir. Dans ce cas, il ne peut y avoir de rationalisation ni de déduction/conclusion universelle. C’est exactement ce que je propose dans le texte (concept du logisme):

      « Est-il rationnel de porter de l’attention à un inconnu, impliquant de faire attention à son bien-être et ses besoins fondamentaux ?
      Eh bien, il n’y a pas de réponse rationnelle universelle à cette question. En effet, plusieurs propositions logiques étant nécessaires pour y répondre ne peuvent s’appuyer sur la science impliquant alors des croyances personnelles non universelles. »

      Du coup il est évident que la rationalisation ne peut pas donner une réponse universelle à tout. Cependant, je distinguerai les croyances des valeurs.

      Toute croyance peut tendre à être plus rationnelle, en faisant preuve de logisme impliquant de faire l’effort d’aller chercher les recherches et résultats scientifiques et en raisonnant logiquement. « Les nuages ne sont que de la vapeur d’eau », « le noyau interne terrestre est liquide » (ces propositions/croyances sont fausses (du moins c’est le consensus scientifique actuel)).

      Le danger est encore plus grand au niveau des conditionnements (croyances inculquées sans être remise en question), dans ce cas il n’y a jamais eu de démarche rationnelle personnelle et c’est la porte ouverte à des aberrations et, entre autre, des discriminations irrationnelles bien souvent source d’une immense souffrance (souvent non voulue). « Les personnes de sexe féminin sont inférieures aux personne de sexe masculin et existent pour les servir », « la Terre est plate », « les animaux non humains n’ont pas de conscience et existent pour être exploités par l’espèce humaine » (ces propositions/croyances sont fausses).

      Dans le but d’avoir un plus grand contrôle sur sa vie ainsi que sur les conséquences de nos choix je propose d’adopter le logisme (j’appelle par logisme la démarche personnelle d’intégrer de la rationalisation dans sa façon de vivre et de réfléchir).

      Les valeurs sont différentes car le fruit d’une démarche philosophique et d’expériences de pensées. On peut difficilement trouver des études scientifiques qui démontrent universellement qu’il faut avoir la valeur du courage ou encore de la bienveillance. C’est exactement ce à quoi je fais référence dans l’exemple plus haut:
      « Un exemple typique serait : Est-il rationnel de porter de l’attention à un inconnu, impliquant de faire attention à son bien-être et ses besoins fondamentaux ? »
      Je pense que la réponse rationnelle à cette question est un grand OUI des l’instant ou l’on a intégré en SOI la valeur/proposition/croyance de: « je veux porter attention au bien-être des individus étant capable d’en faire l’expérience ». Rien ne peut justifier rationnellement cette valeur, c’est principalement de l’ordre de l’expérience de pensée et un choix personnel. « Est-ce que je veux faire attention au bien-être des autres? »

      Là encore je propose d’adopter le logisme afin d’obtenir un plus grand contrôle sur le choix de nos valeurs personnelles.

      Je pense que nombreuses de nos croyances pourraient être revisitées afin d’être plus rationnelles et plus l’ensemble de nos croyances est rationnel et plus nos raisonnements et nouvelles croyances sont rationnel.le.s, etc.

      Tout cela étant dit, en quoi la rationalisation n’est pas un biais cognitif? C’est une très bonne question. Mettre un point d’honneur à avoir une démarche rationnelle peut être un biais cognitif/conditionnement ou être un choix personnel délibéré. De par toutes les caractéristiques sous-jacentes et les bienfaits de la rationalisation quant à notre bien-être, notre plus grande liberté dans nos choix, dans le sens de nos vies et peut-être le bien-être de tous (voir explication détaillée à la fin du texte le concept du logisme) il paraît légitime de faire le CHOIX personnel d’adopter une démarche rationnelle et ainsi ne pas être un biais cognitif.

  2. Je m’excuse mais il semble vraiment que vous confondiez « raison » et « rationalisation » à cause de la définition erronée qui en est donnée au tout début de l’article. La signification de ces termes est plus subtile et regroupe un vaste ensemble de phénomènes sociologiques. Votre initiative est louable mais munissez-vous d’un dictionnaire de philosophie plutôt que d’aller pêcher des définitions sur un site internet dont l’auteur est inconnu. En mentionnant Max Weber, j’essayais d’attirer votre attention sur le fait que la rationalisation, en tant qu’application de critères de normalisation réputés objectifs, porte en elle les germes d’une domination totalisante lorsqu’elle prétend organiser la vie Humaine. C’est le fameux argument du « désenchantement du monde ». Sur ce, bonne continuation.

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