Sommes-nous logiques? Agissons-nous globalement de façon rationnelle?

Dans cette ce post je vais vous parler de rationalisation, de logique et de démarche scientifique. Nous verrons en quoi ces démarches sont importantes et je profiterai de cette occasion pour introduire le concept du logisme.

Pour commencer, qu’est-ce que la rationalisation ?

La rationalisation est l’action de rendre plus rationnel, plus conforme à la raison. La rationalisation, au sens large, cherche à organiser les choses d’une manière plus efficace en supprimant ce qui est inutile et en se fondant sur la logique et sur la science (Tourev 2018).

J’ai la forte conviction que la rationalisation a un grand potentiel et qu’il est important voire primordial de la mettre en avant dans nos pensées, nos choix et nos démarches.

Avant d’aller plus loin, il me semble important de présenter le fonctionnement de notre système de pensée, de croyance, de valeur et d’action. De par les limites de nos connaissances et de la complexité de cette fonction du cerveau, il s’agit ici d’une présentation vulgarisée.

Qu’est-ce qu’une pensée ?

Une pensée est l’ensemble des fonctions psychiques et psychophysiologiques ayant pour objet la connaissance, la formation des idées et des jugements, ainsi que l’ensemble des phénomènes par lesquels se manifestent ces fonctions (Juillet, 2000).

Plus simplement, une pensée est une représentation mentale.

Par exemple : je pense à « une grenouille »

Qu’est-ce qu’une croyance ?

Une croyance est une pensée ou une proposition que l’on estime vrai, d’une certaine façon que l’on accepte.

Par exemple : j’ai la croyance que « toutes les grenouilles sont vertes »

Qu’est-ce qu’une valeur ?

Une valeur est un concept résultant d’un ensemble de croyances définissant notre façon d’être et d’agir.

Par exemple : J’ai la croyance qu’il est important de dire la vérité, j’ai la croyance qu’il faut être honnête avec ses amis, j’ai la croyance qu’il est important d’être transparent avec les gens qui m’entourent. J’ai donc la valeur de « l’honnêteté ».

Comment apparaissent nos pensées ?

Les stimuli internes et externes permanents génèrent des pensées influencées par notre système de croyance. Plus certaines pensées sont dominantes et présentes et plus elles construisent nos croyances.

De ce fait, chacune de nos expériences crée des pensées et joue un rôle pour affirmer ou infirmer nos croyances déjà présentes.

Enfin l’ensemble de nos croyances jouent un rôle essentiel dans l’aide à la décision de nos actes.

Fonctionnement système de pensée

Pour résumer, nos pensées sont influencées par nos croyances et participent également à la création de nouvelles croyances ainsi qu’à la modification de celles déjà existantes. Enfin nos pensées déterminent nos actes et nos comportements.

De ce fait, nos croyances non rationnelles génèrent des pensées irrationnelles, elles-mêmes créant de nouvelles croyances irrationnelles et rendant notre comportement irrationnel.

Fonctionnement système de pensée irrationnelles

 

Par exemple: J’ai un ensemble de croyances fortes, aucunement rationnelles, exprimant le fait que l’avion est très dangereux, entraînant chez moi une peur disproportionnée de l’avion. Je génère de nouvelles pensées basées sur ces croyances, elles aussi irrationnelles, telles que : « j’ai vu aux informations qu’il y a encore eu un crash d’avion », « il y a très rarement de rescapé lors d’un crash d’avion », etc. Ces nouvelles pensées renforcent mes croyances que l’avion est très dangereux et m’amènent à éviter l’avion et préférer d’autres moyens de transport me paraissant plus sûrs, influençant ainsi fortement mon comportement de façon irrationnel.

En somme, plus nous avons des croyances irrationnelles, plus nos pensées sont irrationnelles et plus nous renforçons nos croyances et nos comportements irrationnel.le.s.

À l’inverse, plus nous avons des croyances rationnelles, plus nos pensées sont rationnelles et plus nous renforçons nos croyances et nos comportements rationnel.le.s.

Sachant tout cela on peut penser qu’il n’est pas possible d’agir sur ce processus permanent. Eh bien si, notre cortex pré-frontal, la zone cérébrale la plus active dans le mécanisme des pensées, nous offre la possibilité de contrôler et manipuler nos pensées à des degrés d’abstraction plus avancés (Loumé, 2018). Cette capacité nous permet de pouvoir décider, en quelque sorte, des pensées que l’on valide ou que l’on rejette et ainsi influencer la création de nos croyances et notre façon d’agir.

On peut se demander maintenant en quoi avoir des croyances irrationnelles est un problème ?

Pour répondre à cette question, j’aimerais attirer votre attention sur les notions de bien-être et de bonheur.

Pour des raisons de vulgarisation, bien que le bien-être et le bonheur ne soient pas considérés comme étant exactement les mêmes notions dans le domaine scientifique de la philosophie, nous les considérerons telles quelles dans cette démonstration.

Tous les êtres ayant la capacité de faire l’expérience du bien-être le cherchent de façon naturelle comme ultime objectif. Cette proposition est très responsable et très importante. Elle dit que dès l’instant ou nous avons la capacité d’éprouver le bonheur, nous cherchons naturellement à en faire l’expérience de façon permanente, cela inconsciemment ou consciemment.

Cette proposition fait unanimement consensus aujourd’hui dans le domaine scientifique.

Si cette proposition est vraie, une question plus complexe serait de savoir en quoi réside le bien-être ?

De très nombreuses études actuelles cherchent à répondre à cette question existentielle. On peut notamment citer les recherches avancées du psychologue Edward F. Diener et de la psychologue Carol Ryff D. sur ce sujet (Ed Diener, Eunkook M. Suh, Richard E. Lucas, and Heidi L. Smith, 1999; Ryff, C. D., Keyes, C. L. M., 1995 ; Ryff C. D.,1989).

Cet engouement scientifique sur cette question peut s’expliquer notamment par les enjeux économiques et politiques qu’elle suscite (Ahmed, 2010 ; Nettle, 2005).

Pour résumer, les individus capables de faire l’expérience du bien-être, entre autres nous, les êtres humains, sont dans une recherche permanente de celui-ci.

Il n’existe pas encore de consensus clair sur la recette du bien-être. Cependant on peut apporter des bases solides de réponses.

Vous avez peut-être déjà entendu parler de la « pyramide de Maslow » aussi connue sous le nom de « pyramide des besoins ». Il s’agit d’une hiérarchie des besoins de l’espèce humaine, élaborée par le psychologue Abraham Maslow dans les années 1950.

Qu’est-ce qu’un besoin ?

Un besoin est ce qui s’apparente le plus à une nécessité d’ordre vital, fonctionnel, pragmatique et appartient au domaine du physiologique et du psychologique.

Dans son travail, Abraham Maslow a établi une hiérarchie en forme de pyramide des besoins physiologiques et psychologiques nécessaires au bien-être humain. Il a établi une échelle situant de façon hiérarchique cinq niveaux où le passage d’un niveau inférieur à un niveau supérieur dépend de la satisfaction des besoins le concernant.

Pyramide de Maslow

Cette théorie explique de façon claire et relativement complète les besoins humains. Elle a tout de même reçu des critiques quant à ses limites. Je vous invite à cette occasion à aller jeter un coup d’œil au « blog des Rapports Humains » de Christophe Peiffer sur les besoins humains (Peiffer 2012):

En effet, d’après ce modèle, le passage d’un niveau inférieur à un niveau supérieur ne peut se réaliser qu’à condition que les besoins du premier soient satisfaits. Or, par exemple, il est tout à fait possible qu’une personne trouve un sens à sa vie avec la présence d’un handicap physique ou mental ou malgré une situation socio-économique difficile.

[…]

Il n’est pas rare de voir des personnes en situation de précarité apporter leur aide à d’autres dont la situation est aussi difficile voire plus. Ce sentiment d’être utile à quelque chose, être reconnues pour leurs actions de bienfaisance satisfait leurs besoins d’estime, malgré des besoins de sécurité non comblés ou partiellement.

Il serait donc plus judicieux d’envisager ces besoins comme interconnectés les uns aux autres avec une dynamique plutôt circulaire, plutôt que sur un modèle hiérarchique et prioritaire. Ce qui ressemblerait à ce type de schéma :

Besoins humains interconnectés

Les besoins de Maslow ont le mérite d’exister et d’expliquer de façon claire les besoins humains. Ceci étant, le modèle ne tient pas compte d’autres facteurs qui, à mes yeux, sont déterminants pour la satisfaction des besoins humains dont le premier est l’environnement dans lequel évolue un individu.

Bien que cette théorie ait reçu quelques critiques, il semble faire consensus que dans notre objectif ultime de faire l’expérience du bonheur nous ayons des besoins fondamentaux indispensables à assouvir.

Maintenant j’aimerais attirer votre attention sur la notion de liberté.

La liberté est la possibilité de pouvoir agir selon sa propre volonté. C’est l’état d’un individu ou d’un peuple qui ne subit pas de contraintes, de soumissions, de servitudes exercées par un autre individu, par un pouvoir tyrannique ou par une puissance étrangère (Tourev, 2018).

De nombreuses études récentes s’accordent à dire que la liberté représente un besoin capital dans l’accès au bien-être de tous les individus capables d’en faire l’expérience (Schmidt et Andreas, 2015 ; Hadley, 2013). Pour cette raison, la notion de liberté est essentielle et ne doit pas être négligée dans la recherche de bien-être de tous les individus pouvant en faire l’expérience.

De plus, cette quête du bonheur et la plupart des besoins qu’elle implique, notamment la liberté, nécessaires aux individus de notre espèce, le sont aussi pour tous les autres individus de l’infra-ordre des singes, les autres individus de l’ordre des primates, les autres individus de la classe des mammifères, les autres vertébrés ainsi qu’à une bonne partie du reste du règne animal (Ian, 2006 ; Chandroo K.P., Duncan I.J.H. et Moccia R.D. 2004).

Classification scientifique des espèces de l’Homo Sapiens

 

Maintenant que l’on a démontré l’importance de nos besoins physiologiques et psychologiques pour nous-mêmes dans notre quête de bien-être, une autre question me paraît capitale :

Est-il rationnel d’être solidaire envers les autres et du coup de faire attention au bien-être et aux besoins des autres ?

Pour répondre à cette question un peu d’histoire s’impose.

Face aux dangers, les organismes vivants ont tendance à former des groupes. En effet la sélection naturelle de Darwin a mis en évidence que des individus, faces à un danger, ont plus de chance de survivre ensemble que seuls chacun de leur côté. Typiquement nos ancêtres Néandertaliens avaient plus de chance de survivre en allant chasser un mammouth à 10 que seul. De la même façon, lorsqu’un individu du groupe mourrait, les chances personnelles de survie de chaque individu du groupe diminuaient.

Face à un risque d’instabilité d’un ou de plusieurs de nos besoins, il semble rationnel d’être solidaire des individus avec lesquels nous avons un intérêt personnel quant à ce ou ces besoins, à commencer par les besoins liés à la survie.

Même si les besoins liés à la survie sont un peu moins menacés aujourd’hui pour les être humains, il semble toujours rationnel d’être solidaire des individus avec lesquels on croit avoir un intérêt personnel quant à un ou plusieurs besoins nécessaires à notre bien-être. On peut citer notamment la ou les personnes avec lesquelles on vit, les ami.e.s ou la famille proche en vue d’une stabilité personnelle affective, émotionnelle, administrative ou économique.

Cela étant dit, il me semble finalement que la question qui importe vraiment est:

Est-il rationnel d’être solidaire envers les individus avec lesquels nous n’avons pas d’intérêts personnels connus quant à notre bien-être ?

Un exemple typique serait : Est-il rationnel de porter de l’attention à un inconnu, impliquant de faire attention à son bien-être et ses besoins fondamentaux ?

Eh bien, il n’y a pas de réponse rationnelle universelle à cette question. En effet, plusieurs propositions logiques étant nécessaires pour y répondre ne peuvent s’appuyer sur la science impliquant alors des croyances personnelles non universelles.

Autrement dit, la réponse à cette question appartient à chacun.e et constitue un choix personnel.

C’est à chacun.e de remettre en question ses croyances et de se demander:

Est-ce que je veux me préoccuper du bien-être des autres ?

Pour en revenir à la question posée précédemment, à savoir, en quoi avoir des croyances irrationnelles est un problème ?

Eh bien il s’avère que nos croyances irrationnelles ont une fâcheuse tendance à aller à l’encontre de notre bien-être, du bien-être des autres et de valeurs importantes telles que la liberté. En effet, tout au long de ce blog/de cette chaîne je serai amené à remettre en question des croyances irrationnelles nous poussant à agir à l’inverse de notre bien-être et de celui des autres, je parlerai notamment des discriminations entre les personnes (sexisme, racisme, spécisme, etc.), des impacts de notre consommation, de la publicité et des médias sur le bonheur global.

Au travers de ces différents sujets nous verrons que nous avons tous des croyances irrationnelles et qu’elles peuvent nous pousser à générer beaucoup de souffrance chez nous ou chez les autres, et cela contre notre volonté.

Pour aller plus loin dans la compréhension de ce phénomène psychologique et social, il me paraît judicieux d’introduire la notion de conditionnement.

Un conditionnement n’est rien d’autre qu’une croyance imposée, non remise en question par soi-même. Sans trop d’étonnement, la grande majorité de nos conditionnements apparaissent pendant notre enfance.

Là encore, on peut se demander quel est le problème avec les conditionnements ?

Eh bien il s’avère que les conditionnements ou croyances imposées sont une grande source de croyances irrationnelles.

Quelques exemples de conditionnements étant irrationnels: les femmes ne sont pas très douées en mathématiques, les ondes sont mauvaises pour la santé, il faut boire du lait pour avoir des os solides, il faut faire des cadeaux à Noël, la fumée émanant des cheminées des centrales nucléaires pollue l’environnement, etc.

Pour synthétiser un peu, on a vu que nos conditionnements comprennent des croyances irrationnelles et que celles-ci sont à l’origine de nouvelles croyances irrationnelles et nous poussent à penser et agir de façon irrationnelle. De plus, ces croyances, pensées et actes irrationnel.le.s nous empêchent d’agir librement et nous incitent à faire des choses à l’encontre de notre volonté telles que nuire aux bonheur et bien-être de nous-même et des autres.

J’aimerais proposer une piste de solution en réponse à ce problème me paraissant des plus importants.

Notre système de pensée est contrôlé par notre cortex pré-frontal nous permettant une manipulation avancée de nos pensées. Et c’est à cet instant que le concept du logisme entre en jeu.

Alors, qu’est-ce que le logisme ?

Le logisme est un outil, une méthode invitant à faire l’effort d’examiner nos pensées et ainsi filtrer celles irrationnelles pour garder celles rationnelles. J’appelle par logisme la démarche personnelle d’intégrer de la rationalisation dans sa façon de vivre et de réfléchir.

Avant de terminer, voyons les avantages qu’offre une démarche rationnelle :

  • Résumé schématique des intérêts d’une démarche rationnelle

    Une démarche rationnelle permet une sélection positive des pensées et croyances rationnelles.

  • Elle invite à remettre en questions nos conditionnements nous offrant ainsi une plus grande liberté. En effet, moins nous sommes conditionnés et plus nous sommes libres de penser librement.

     

  • De plus, sortir de nos conditionnements permet d’augmenter nos connaissances de par l’ensemble des démarches de réflexion et de recherches scientifiques que cela implique permettant ainsi une meilleure compréhension du monde qui nous entoure.

  • Ces trois éléments permettent ensemble d’accéder à un plus grand contrôle de qui l’on veut être, de nos pensées, de nos croyances et de nos comportements nous donnant accès à une plus grande liberté.

  • Enfin et pour finir, cette liberté nous donne la possibilité de choisir plus librement notre objectif de vie.

 

Libère-toi de tes conditionnements et change le monde

 

 

Références :

Ahmed Sara (2010, avril). The Promise of Happiness. Duke University Press, Durham and London

Chandroo K.P., Duncan I.J.H. et Moccia R.D. (2004). Can fish suffer?: perspectives on sentience, pain, fear and stress. Department of Animal and Poultry Sciences, University of Guelph

Christophe Peiffer (2012). Les besoins humains. Récupéré sur le site: http://www.leblogdesrapportshumains.fr/wp-content/uploads/2012/08/Les-besoins-humains.pdf

Daniel Nettle (2005, 12 mai). Happiness: The Science Behind Your Smile. OUP Oxford

Ed Diener, Eunkook M. Suh, Richard E. Lucas et Heidi L. Smith (1999). Subjective well-being: Three decades of progress. University of Illinois at Urbana-Champaign

Hadley John (2013). Liberty and valuing sentient life. Ethics and the Environment 18 (1):87-103

Ian J.H. Duncan (2006, Octobre). The changing concept of animal sentience. Department of Animal and Poultry Science, University of Guelph, Guelph, Ont., Canada N1G 2W1

Juillet Pierre (2000). Pensée. Récupéré dans Dictionnaire de psychiatrie. CILF, Paris

Loumé Lise (2018). VIDEO. Des chercheurs parviennent à suivre le cheminement d’une pensée dans le cerveau. Dans Sciences Et Avenir. Récupéré du site: https://www.sciencesetavenir.fr/sante/cerveau-et-psy/des-chercheurs-parviennent-a-suivre-le-cheminement-d-une-pensee-dans-le-cerveau_120085

Ryff C. D. et Keyes, C. L. M. (1995). The structure of psychological well-being revisited. Journal of Personality and Social Psychology, 69(4), 719-727.

Ryff C. D. (1989). Happiness is everything, or is it? Explorations on the meaning of psychological well-being. Journal of Personality and Social Psychology, 57(6), 1069-1081.

Schmidt et Andreas T. (2015). Why Animals have an Interest in Freedom. Historical Social Research 40, 4, 92-109

Tourev Pierre (2018). Liberté. Récupéré sur le site: http://www.toupie.org/Dictionnaire/Liberte.htm

Tourev Pierre (2018). Rationalisation. Récupéré sur le site: http://www.toupie.org/Dictionnaire/Rationalisation.htm

Parlons un peu de racisme. Aujourd’hui, presque tout le monde s’accorde à dire que le racisme c’est pas bien. Mais peut-on seulement expliquer pourquoi ?

Dans ce post, nous allons présenter ce qu’est le racisme et voir s’il peut être justifié de façon rationnelle.

Commençons par définir ce qu’est le racisme.

On peut trouver une multitude de définitions sur internet, cependant la plupart d’entre elles ne me paraissent pas tout à fait exactes.

Une première chose que l’on peut dire concernant le racisme, c’est que c’est une discrimination.

Qu’est-ce qu’une discrimination ?

Étymologiquement, discriminer provient du latin « discriminatio » signifiant « séparation ». Discriminer est le fait d’établir une différenciation entre des objets ou des individus. Le terme « discrimination » a progressivement acquis une connotation négative.

Aujourd’hui, « discriminer » désigne l’action par laquelle sont considéré.e.s inférieur.e.s voire inexistant.e.s les droits, les libertés, les possibilités ou les intérêts propres accordé.e.s à un ou des individus selon un ou plusieurs critères. De ce fait, une discrimination engendre un traitement différentiel et une souffrance chez les individus discriminés.

De plus, pour qu’il y ait une discrimination, il faut nécessairement des individus discriminants et des individus discriminés. Aussi, une discrimination implique nécessairement une souffrance vécue du côté des individus discriminés.

Le radical du mot racisme étant “race”, on peut penser que le racisme, appliqué aux êtres humains, possède un lien avec la notion de race humaine et peut se définir comme étant une discrimination portée sur le critère de la race.

Cette définition est complètement incorrecte. En effet, il n’existe pas de race dans l’espèce Homo Sapiens.

Que désigne le terme « race » ?

Pour répondre à cette question, il est nécessaire de s’intéresser au préalable à la notion d’espèce.

L’espèce est une notion théorique ainsi qu’un concept flou dont il existe une multitude de définitions dans la littérature scientifique. La définition la plus communément admise aujourd’hui est celle du « concept biologique de l’espèce » énoncée par Ernst Mayr:

Une espèce est une population ou un groupe de populations, génétiquement isolées d’autres groupes similaires, dont les individus peuvent effectivement ou potentiellement se reproduire entre eux et engendrer une descendance viable et féconde (Mayr, 1999).

Ainsi, l’espèce est la plus grande unité de population au sein de laquelle le flux génétique est possible.

Dans la classification des êtres vivants, l’espèce est la dernière subdivision unanimement admise. Au-delà, on utilise les termes de « sous-espèce » ou « population » pour les espèces animales sauvages et de « race » pour les espèces animales domestiques.

Pour cette raison, les seules races animales existantes sont issues de l’exploitation animale faite par l’espèce humaine impliquant nécessairement un contrôle total du génome des individus constituant la race.

Ainsi, il existe des races canines, porcines, bovines, félines, chevalines, caprines, de poules, d’abeilles, etc.

À l’inverse, on peut parler de « sous-espèces » d’ours, de lézard, de requin, etc., mais aucunement de « race » d’ours, de lézard, de requin, etc.

Photo d’un individu de l’espèce canine de la race caniche

 

Pour revenir sur la définition du terme race :

Une race est une subdivision d’une espèce animale domestiquée par l’espèce humaine désignant un ensemble d’individus ayant des caractères génotypiques et phénotypiques communs les distinguant des autres individus de l’espèce.

Les croisements inter-raciaux sont fertiles, alors que les croisements inter-espèces sont le plus souvent stériles (Aquaportail, 2009).

L’espèce humaine, ou plus scientifiquement l’espèce Homo Sapiens, a développé des moyens de transport à l’échelle mondiale permettant un brassage génétique permanent de notre espèce empêchant ainsi l’apparition de sous-espèce humaine. De plus, l’espèce humaine n’étant actuellement pas une espèce animale domestique d’aucune espèce (humaine ou autre) et le génome humain n’étant contrôlé par aucune espèce (humaine ou autre), il n’existe pas de race humaine.

Pour rappel, « discriminer » désigne l’action par laquelle sont considéré.e.s inférieur.e.s voire inexistant.e.s les droits, les libertés, les possibilités ou les intérêts propres accordé.e.s à un ou des individus selon un ou plusieurs critères. De ce fait, une discrimination engendre un traitement différentiel et une souffrance chez les individus discriminés.

Pour revenir sur la définition du racisme, de mon point de vue, une définition rationnelle serait :

Le racisme est une discrimination portée sur les critères de la couleur de peau, de la culture, des noms et prénoms, des origines, de la nationalité et de l’orientation religieuse.

Cette liste n’est pas exhaustive, mais doit couvrir une très grande majorité des causes de racisme.

Maintenant que l’on a vu ce qu’est le racisme, il me paraît capital de voir si celui-ci peut se justifier de façon rationnelle ?

Une autre façon de poser la question serait :

Les droits, les libertés, les possibilités ou les intérêts propres accordé.e.s à un individu peuvent-ils, d’un point de vue rationnel, être considéré.e.s inférieurs ou supérieurs selon les seuls critères de la couleur de peau, de la culture, des noms et prénoms, des origines, de la nationalité ou de l’orientation religieuse ?

Eh bien la réponse est non.

Il est impossible de démontrer rationnellement que ces critères puissent justifier une quelconque forme de discrimination. Le racisme est une idéologie irrationnelle portée par des conditionnements irrationnels provenant généralement de notre éducation ou de généralisation de nos expériences personnelles.

Par exemple: Les personnes de couleur de peau noire ne devraient pas avoir le droit d’accéder aux lieux publics. Cette proposition ne s’appuie sur aucune logique, aucune étude scientifique et ne peut se justifier de façon rationnelle.

Le racisme étant une discrimination non rationnelle, une définition plus complète serait:

Le racisme est une discrimination arbitraire portée sur les critères de la couleur de peau, de la culture, des noms et prénoms, des origines, de la nationalité et de l’orientation religieuse.

Le terme « arbitraire » qualifiant ce qui est laissé à la seule volonté, au libre choix d’un individu et qui ne s’appuie pas sur la raison.

Exemple : un choix arbitraire.

Pour résumer, le racisme est une discrimination arbitraire portée par des croyances non fondées irrationnelles. Là encore, on peut se demander en quoi est-ce un problème ?

Comme nous l’avons vu dans le post/la vidéo présentant le concept du logisme, tous les êtres ayant la capacité de faire l’expérience du bien-être le cherchent de façon naturelle comme ultime objectif. Les êtres humains ont la capacité de faire l’expérience du bonheur et le cherchent consciemment ou inconsciemment de façon permanente.

Et le racisme, de par la discrimination qu’il représente, va directement à l’encontre du bien-être et des besoins fondamentaux des individus en étant victime provoquant nécessairement un mal-être et une souffrance.

Il est là le vrai problème du racisme. Cette idéologie, irrationnelle et non fondée, et les comportements qui l’accompagnent nuisent fortement au bien-être d’individus cherchant à en faire l’expérience.

En somme, si l’on considère important le bien-être de tout individu capable d’en faire l’expérience, il est complètement irrationnel d’entretenir une quelconque forme de racisme.

Pour en revenir à la notion de race dans l’espèce humaine. Même s’il existait des races ou des sous-espèces au sein de notre espèce, impliquant des différences majeures entre ces différentes populations telles que la force physique ou encore l’intelligence, ces différences, bien existantes, ne pourraient aucunement justifier rationnellement une discrimination. En effet, certaines populations pourraient être globalement plus fortes ou même plus intelligentes que d’autres. Et alors ?

La seule interprétation rationnelle que l’on pourrait faire de cette situation serait qu’il existe des différences entre ces populations, mais qu’il n’est aucunement question de commencer à discriminer quant à ces critères. Typiquement, il n’est aucunement rationnel d’agir en considérant inférieur.e.s les droits, les libertés ou les intérêts propres des enfants non surdoués devant des enfants surdoués.

Au cours de l’histoire, le racisme a pris bien des formes :

On a vu au 19ème siècle l’esclavage, suivi de l’apartheid des individus répondant au seul critère d’être de couleur de peau noire avec une restriction très avancée de besoins fondamentaux tels que l’accès à la nourriture, aux soins, au repos et à la liberté.

Au 20ème siècle la Shoah ou « génocide juif » ayant consisté en l’extermination de millions d’individus répondant au seul critère d’être d’origine juive.

Encore aujourd’hui au 21ème siècle plusieurs centaines de millions d’individus sont victimes de racisme simplement à cause de croyances irrationnelles portées par nos sociétés.

En effet, le seul point commun avec toutes ces formes de discrimination est les conditionnements irrationnels des individus discriminants. Ces discriminations et toute la souffrance qu’elles engendrent n’auraient jamais eu lieu sans croyances irrationnelles.

Encore une fois, je le répète, il est complètement irrationnel de faire une discrimination sur des critères arbitraires tels que :

  • La couleur de peau d’un individu est noire
  • L’orientation religieuse d’un individu est juive
  • La culture d’un individu est africaine
  • Ou encore, le prénom d’un individu est Chang, David ou Mohamed

Le racisme n’existant qu’au travers de nos conditionnements et engendrant une très grande quantité de souffrance, pourquoi ne pas prendre conscience de nos conditionnements liés au racisme, les remettre en question et tout simplement les faire disparaître?

Couleur de peau, culture, nom, origines, nationalité, orientation religieuse, le seul critère qui importe ne serait-il pas la faculté de pouvoir faire l’expérience du bien-être ?

Photo de Martin Luther King

 

Pour finir, je vous invite à visionner un des plus beaux discours de Martin Luther King, profond défendeur des droits des humains. Il s’agit selon moi d’un moment historique déterminant dans l’évolution de l’ensemble des croyances de notre espèce.

Libère-toi de tes conditionnements et change le monde

 

Références :

Aquaportail (2009, 11 avril mise à jour le 2015, 16 décembre), race. Dans aquaportail. Récupéré du site https://www.aquaportail.com/definition-4640-race.html

Mayr E. (1999), Systematics and the origin of species, from the viewpoint of a zoologist. Cambridge, MA : Harvard University Press. p. xxi